CHRONIQUES – Novembre 2015 – Dossier de Presse 2015

L’exposition « CHRONIQUES » qui aura lieu au Bastille Design Center à Paris  du 11 au 15 novembre 2015 est actuellement en préparation.

Bastille Design Center   74, boulevard Richard Lenoir    75011 Paris      T : +33 (0)1 48 06 67 99       bastille-design-center.com

Le dossier de presse est téléchargeable ici : dossier de presse

Pour télécharger les oeuvres des artistes participants voir plus bas.

Pour plus d’informations contacter :  Notre attachée de presse

CATHY BION
Relations presse

Tél. 01 42 55 95 99 / 06 13 46 76 59

cathy.bion@club-internet.fr

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Les projets des artistes qui associent leurs oeuvres à des textes d’écrivains vivants : journalistes, auteurs, poètes, créateurs de chanson…

 


APIKIAN David   –   Artiste plasticien

david.apik@orange.fr                                                                                                             « L’espace du ciel intérieur »   80/80 cm

Texte : Georges Festa, auteur

Chronique de l’espace du ciel intérieur :

Doué d’une vue plus subtile, tu verras toutes les choses mouvantes.
Friedrich Nieztsche, La Volonté de puissance

Et dans ce tourbillon, ces gouffres. Où fusent jets de sang, de lumière. Lacérations, vitesse, radiographies. Juxtaposées, haletantes. Qui t’aspirent vers de nouvelles prisons. Spatiales, sans barreaux, répétées à l’envi. Odyssée à travers l’instant et la règle. Comme implosés.[…]Visions macroscopiques, satellitaires. Ou explorations au microscope électronique.[…] Cartographies sombres, déchiquetées. Où s’annulent distances, repères. Telle une traversée de nuit ou d’éternité. De temps à autre les âmes qui s’avancent, se projettent. S’élancent. Coupe stratigraphique, perspective nucléaire. C’est alors que l’imprévu, la rupture. Fractales s’unissant aux vertiges. […]
Reprendre ta course insensée. En tous sens. Les variations temporelles.
[…]Passer en revue les mille éclats. Impacts, stigmates. Jouissances, ivresses. Dérapages, impasses. Démesures. Concentration mentale. Faire le point. Rassembler le désuni, le contradictoire. S’allier à l’impossible. Epouser l’innommé. Au fil du rasoir. Si actuelle Altamira. Conjurer l’histoire et ses ruses. Improviser les parcours de libération. Libre de décider. Avoir les cartes en main.Dans ce damier imprévisible. […]Par delà l’humain. Les allégresses cosmiques. Les mondes en toi.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


BASTIDE Claudie   –   Artiste plasticienne

claudiebastide.wordpress.com                                                                      Symphonie poétique  116 x 178 cm

Texte : LE CLAVIER DE PAPIER   de   JUDITH BIZET      éditions Lulu .comclaudie-bastide-symphonie-poetique-116x178
« Il entrait dans la beauté du beau. Un monument ! Plus qu’un simple mot ou une sensation, il aurait aimé le matérialiser pour voir de quoi il était fait, à quoi il répondait. Mais le beau ne se prend pas quand la musique s’arrête. Aussi insaisissable qu’une émotion. On peut juste le toucher du bout du cœur, le ressentir. Il est intérieur. Sans substance, il peut néanmoins éveiller un trouble, faire verser des larmes de bois pour en faire des violons. »
Chapitre 8

« Ses doigts caressèrent d’abord les touches blanches qui, soumises à son talent, glissaient voluptueusement sous son désir de jouer. Puis, ils avancèrent entre les noires, qu’ils frôlèrent du bout des ongles, pour en cerner le contour ; les apprivoiser. Avec jouissance, il effleura l’arête, du bord de leur petit pan coupé, qui se repliait sur les blanches attentives …Et dans un mouvement superbe du corps, de la tête, réalisant qu’il allait être entendu pour la première fois, il enfonça ses mains dans le plaisir annoncé du clavier d’ivoire, pour y laisser couler son génie. Il flottait dans un nuage de musique. Accompagné par les anges, son esprit était en prise directe avec l’inspiration. Il frôlait Dieu du bout des doigts… »
Chapitre 20

« Certaines notes entre deux mesures restaient en suspension, retenues par l’émotion, d’autres faisaient du trapèze sur un arpège. Il y en avait partout. Elles marchaient sans trébucher sur la voie lactée, sautaient au cou des étoiles éblouies par la musique du maître, grimpaient sur le petit et le grand chariot, pour enfin partir en chantant le grand air de l’Atouta vers une autre galaxie. Un délire lyrique à la démesure du théâtre. »
Chapitre 22

 


BENCHIKH Malik   –   Peintre

benchikhmalik.wix.com/benmalik                               

Texte : Livre en cours d’écriture encore inachevé par SARAH.B, écrivaine

Résumé d’une histoire vécue par une famille de paysans pendant et après la colonisation Algérienne.

Nora à quarante cinq ans quand elle se met à écrire son histoire. 
Cela lui a pris deux ans d’investigations et d’efforts pour comprendre ce qui s’est passé pendant cette période de colonisation.

En 1951, raconte Nora, j’ai trois ans. Issue d’une famille de paysans installée depuis plusieurs générations sur cette terre. je compte deux frères de dix et sept ans. Une famille modeste, menant une vie paisible. Quand brutalement un événement vint chambouler notre existence. Ce jour-là un Cadi, qu’on nomme : (juge Musulman mais également auxiliaire au service des colons) se présenta chez nous  pour nous donner l’ordre de déguerpir de notre ferme au plus vite. Notre déchirement était tel,  pour la première fois  je vis mon père pleurer.
Ainsi du jour au lendemain nous devenions des paysans errants, vers un Exode qui nous mena après une semaine de galère tout droit vers les bidonvilles insalubres. 
Nous nous sommes retrouvés entassés comme des moutons autour d’Alger.
Une vie si précaire et humiliante, qui poussa Mohamed mon frère aîné à l’âge de seize ans de choisir  le maquis.

1962, j’ai quatorze ans le jour de notre indépendance. Notre joie était de courte durée. Nous étions dans l’expectative.
Nous sortions de nos bidonvilles pour occuper des logements vacants. 
Quant à la vie sociale elle n’offrait pas de perspectives heureuses. 
Le religieux et le politique se sont arrogés tous les droits. Entre les mains de ces deux infâmes autorités comment ne pas devenir un schizophrène ? L’un le religieux (dont mon frère cadet Mounir en fait désormais partie)vous ordonne de vivre d’une certaine manière, l’autre  le militaire tapissé d’insignes à l’image de mon grand frère, devient notre geôlier au cas où nous nous écartons de la ligne tracée par ces deux opportunistes.

Jamais mon père n’aurait imaginé après la spoliation de ses biens, perdre en plus ses enfants et se retrouver seul où presque, puisque le jour de son enterrement  il n’y avait que moi  présente devant son cercueil.

Nora choisira finalement, afin de sauver son âme de vivre ailleurs, où la réalité est habillée de principes plus libres

 


BERGOT Sidonie   –   Artiste pluridisciplinaire, sculpteure, et performer,

www.sidoniebergot.com                               

Texte : Article publié le 19-02-2015 à 14h41 dans l ‘OBS                 « Je suis Yézidie »

IRAK. Jusqu’à 10.000 femmes vendues par l’Etat islamique

Un rapport d’un groupe de défenseurs des droits explique que le trafic de femmes a « explosé » ces dernières années. Leur destin ? Etre violées, forcées à se prostituer ou tuées.

        Jusqu’à 10.000 femmes et filles en Irak ont été enlevées ou victimes de la traite pour l’esclavage sexuel, la prostitution ou la rançon, selon un rapport du Minority Rights Group International and the Ceasefire Centre for Civilian Rights rapporté par Reuters.

Quelque 14.000 femmes ont été tuées depuis l’invasion américaine de 2003, et beaucoup de femmes et filles ont été violées dans ce laps de temps. Les auteurs du rapport expliquent que le trafic en Irak a « explosé » ces dernières années et que l’Etat islamique est devenu un acteur majeur dans l’achat et la vente de filles. Les déplacements massifs ont créé un environnement favorable pour les trafiquants. Les femmes déplacées, comme celles qui ont fui des violences domestiques ou des mariages forcés, sont particulièrement vulnérables. Certains trafiquants recherchent des fugueuses dans des lieux publics, comme le marché par exemple, selon le rapport. D’autres les trouvent en prison en établissant des cautions pour les femmes et en les forçant à rembourser leur dette en se prostituant.
Ces femmes sont envoyées à Bagdad ou dans les villes du nord de l’Irak ou en Syrie, en Jordanie ou aux Emirats arabes unis. Une fille yézidie a expliqué avoir été emmenée en Syrie avec 350 autres filles où elles ont été exposées et vendues dans la rue « comme des poulets sur un marché ».Une méthode commune consiste à nouer un mariage temporaire avec une victime, puis divorcer une fois arrivés à destination. Sur place, l’homme force sa compagne à se prostituer, avant de retourner en Irak pour répéter le processus. De 200 à 500 dollars la nuit avec une vierge.

 

 

 

En dehors de l’Irak, les femmes sont vendues jusqu’à 20.000 dollars. En Irak, une nuit avec une femme vierge coûte entre 200 et 500 dollars. Dans certains cas, les filles ont été forcées de subir une chirurgie de reconstruction de l’hymen afin d’être vendues une nouvelle fois comme vierges.
L’EI a capturé au moins 3.000 femmes et filles en Irak en 2014 seulement, dont la majorité vient de la minorité yézidie. L’EI a introduit et légitimé la pratique de l’esclavage sexuel à une échelle sans précédent », écrivent les auteurs du rapport.
Les femmes capturées qui sont parvenues à parler aux défenseurs des droits disent que les combattants de l’EI violent leurs victimes quotidiennement. Toute fille qui essaye de se suicider ou de s’échapper est torturée avec des câbles électriques.

Certaines en viennent à espérer que des frappes aériennes s’abattent sur leur emplacement pour mettre fin à leurs souffrances.

    Le rapport met aussi en avant des cas terrifiants. Par exemple, un soldat a violé une enfant de 4  ans avant de la battre à mort avec une brique. Une fille de 5 ans a été violée en réunion avant d’être étranglée avec un lacet.

Le Minority Rights Group a demandé aux gouvernements irakiens et kurdes de redoubler leurs efforts pour obtenir la libération des femmes kidnappées, mais aussi de renforcer les lois contre les violences sexuelles et d’enquêter sur les crimes commis.

 

 

 

 


BION Cathy   –   Photographe plasticienne

cathybion.com                                 «  Douarnenez  »

Texte : Extrait du poème de Michel CAPMAL, poète, publié dans son ouvrage « Nous avons perdu les hautes terres, notre errance est infinie » – Ed. Le chemin brûlé

« Nous avons perdu les hautes terres… Et notre errance est infinie.
Ainsi, seuls ou par groupes éphémères au plus près des lignes de fuite.
Là où se rejoignent et se superposent les deux mondes.
Coulées de lave et veines souterraines de métaux rares.
Alliages incomparables. Conscience et mémoire déposées par les étoiles.
Or et vif argent, mercure blanc et cuivre rouge.
Feu des volcans et vents solaires.
A chacun de nos pas se réajustent puis se disloquent à nouveau des perspectives opposées.
Du cœur de la Terre au plus lointain au-delà des étoiles.
Très peu de temps désormais, pour redécouvrir, raviver, réunir ce qui peut l’être encore d’un très ancien et irremplaçable savoir …».

 

 

 

 

 

 


BRAUN Carol-Ann   –   Plasticienne

carolannbraun@free.fr                                                         « Sonnet Sequence »     œuvre sur papier 70 cm x 100 cm

Texte : Extrait de Blake Leland, poète

When everything happens
Nothing changes
While everything happens
And nothing changes
Why everything happens
That nothing changes
But everything happens
Since nothing changes
Then everything happens
But nothing changes
Since everything happens
While nothing changes
And everything happens
Where nothing changes

So everything changes
How nothing happens
When everything changes
But nothing happens
While everything changes
Why nothing happens
Since everything changes
Where nothing happens
For everything changes
While nothing happens
But everything changes
And nothing happens
When everything changes
Then nothing happens

For nothing changes
Where everything happens
Here nothing changes
So everything happens
Where nothing changes
But everything happens
While nothing changes
Where everything happens
Since nothing changes
Then everything happens
But nothing changes
When everything happens
So nothing changes
How everything happens

And nothing happens
Where everything changes
Since nothing happens
While everything changes
Then nothing happens
But everything changes
When nothing happens
Everything changes
Why nothing happens
While everything changes
But nothing happens
Since everything changes
Where nothing happens
Where everything changes

 


CHAMBON Françoise   –   Peintre

francoise.chambon7@wanadoo.fr                                                                                  Boulon précaire

Texte : Philippe Claudel, auteur  (membre de l’Académie Goncourt)

Boulon précaire   (C.D.D.)
L’homme est à tordre. A rompre. A fragmenter. A morceler. A vendre bien sûr. Homme-chose. Homme-objet. Matière humaine. Matière première. Matière secondaire. Consommable. Renouvelable. Je loue des hommes. Je les achète. Je les revends. Je les solde. Je les déclasse. Je les jette. Je les déstocke. Je les sous-traite. Je les recycle. Je les concasse. Je les broie (…) Il y en aura d’autres. Des plus  affamés. Des plus jeunes. Des plus solides. Prêts à marcher sur d’autres hommes.  Prêts à les piétiner. Prêts à les détruire pour caresser à leur tour le soleil…

 

 

 

 

 

 

Texte : ISSA, auteur

« En ce monde,
nous marchons
Sur le toit de l’enfer
Et regardons les fleurs. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Texte : François CHENG, auteur  (Membre de l’Académie française)

« A l’orient de tout »
Le cruel et le violent
N’ont pas dit leur dernier mot.
Leur face plaquée sur les murs !
Cruels, violents, nous le sommes
Jusqu’au bout des yeux, des ongles
Fouiller le cœur en sa chair ;

Percer la chair jusqu’au cœur !

 

 

 

 

 

 

 

Texte : René Char, auteur 

Qui n’a pas rêvé, en flânant sur le boulevard des villes, d’un monde qui, au lieu de commencer avec la parole, débuterait avec les intentions ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


CHAPIN MASSEY Marylin   –   Peintre

mcmassey.wordpress.com                                                                  «  Rue Saint-Séverin  »  acrylique sur dibond, 40 x 40cm.

Texte : poète américain et romancier, Deborah Bogen  –  elle a écrit deux poèmes originaux, Rue Saint-Séverin et In English, We Call This Heaven.

Dirt and hunger. Foreheads burnt, no, branded by heat. Backpacks. Paper cups. Bundles that are everything we own. Beneath the gargoyles, our babies sleep.
We used to have houses. Once we had windows. Now we live at the edge of the world where sometimes at night the Shade lifts his blade. Still, we must rest. We must sleep. We turn away, tucking ourselves into our skin, ignoring the feet that pass.
And no one stops. No one tells us stones are not pillows. What prophecy hides in the blur of our breathing? Something is here. And something is coming.

in-english

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


CHRISTIANIA   –   Peintre – Dessinateur

chrystelmarmier.wix.com/christiania

Les textes du Collectif  » Poète… vos papiers !  » composé de cinq auteurs de notre temps :
Laurent Le Goff, Poète – Chrystel Marmier, Poète – Estelle Milan, Poète – Yannick Monrosé, Poète – An Pra, Poète
sont à découvrir et à savourer lors de l’exposition.

Texte : Yannick Monrosé 2015© Lauréat au Ed. Harmattan Cameroun       LA MORT DOUCE (41×33 cm)

Souvenir d’une vie dans ses artères
Consumées,
Qui sur tant de vanités s’en va sombrer
Dans la voûte inconnue.

L’obscurité s’épaissit et s’en va grandissante
Dans la poussière du vespéral.

Pieds et mains liés, à la merci des flammes
Du trépas
Où bienheureux ne s’envolent jamais
Les oiseaux du ciel.

Texte : Yannick Monrosé 2015©             L’IDENTITÉ (30×40 cm)

Regard libéré à nul autre pareilchristiania-l-identite-30x40
N’ayant pas le goût d’ailleurs,
Mais de soi.

 

 

 

 

 

Texte : Chrystel Marmier 2015©             LES BONS SENTIMENTS (A4)

Amnésie
Je cherche corps
Corps de celui qui tient
Tient, dans une main

En rituel cruel
Égorgé dans un dialogue intérieur
Silencieusement, je crache
Les sentiments blancs

Ressouvenance
Je me rappelle
Rappel, qui étais-je ?
Personne

Crie pour moi !

Texte : Chrystel Marmier 2015©             UN CHANT SEREIN (A4)
Le vent caresse les charmes de l’aubade
lorsque la serine sauvage chante du fond du cimetière

D’un vol lent, elle s’évente sur l’hélianthe
qui convie le Sol palpitant
aux couleurs chaloupées de pépiements

Le nid se soulève et se peigne de jaune vif
sur duvet de torse méridional.

 

 

Texte : Chrystel Marmier 2015©             UN CERTAIN REGARD (20x20cm)

–  » Peur de quoi ?  »
Ne sais pas mon Ange
Juste peur…
D’un rien peut-être ?
–  » N’aie pas peur ! »

–  » Mais pourquoi
Ces tremblements ?  »
La Terre s’oublie
Flageole, se liquidifie.
L’amollissement pénètre
Les flammes dans le regard
Que carbonise.

Le Monde se défigure,
S’accable au frimas
De tant de haine entre les Hommes
Ils sont devenus, pire que des bêtes !
Ne comprennent plus leurs corps.
La peau disparaît, se disloque
Ne voit plus que la mort,
Pour tout abri.

De ce mal à l’âme,
Elle voudrait
Abandonner son centre
Le laisser là, véhément
À tes pieds
Puis, se reposer.
Se sentant veillée
Et veiller.

–  » Peur de quoi ?  »
Ne sais pas mon Ange
Juste peur…
D’un rien peut-être ?
–  » N’aie pas peur !  »

–  » Mais pourquoi
Ces tremblements ?  »

 

 


CURRAO Estela   –   Peintre

estelacurrao.net                                   » l’homme hors de lui  »      100 x 81cm

Texte : Valère Novarina  –  Lumières du corps  –  L’homme hors de lui (pag.77)

138. « l’homme », partout et de plus en plus, se limite à sa tête humaine, se filme nuit et jours en gros plan, s’affiche partout de la même façon, se réduit à l’identité de son visage et oublie l’entièreté de son corps, répète de lui-même la même image semblable à l’infini ; cet homme reproduit et répété à l’infini, il faut peut-être le représenter maintenant d’un idéogramme, d’un croisement de bambous, d’un animal à l’envers, des cinq personnes à la fois, d’un acteur morcelé, d’un trait jaillissant, d’un pas  de danse, d’un tatouage de la terre, d’une phrase en moins…Au moment où s’étend partout l’empire de l’humanisme obligatoire, l’auto-idolâtrie, c’est la figure humaine, Adam, la pauvre figure humaine au sol, qu’il faut ramasser, recueillir ; elle demande à être de plus en plus évidée et creusée. L’homme demande à être représenté dehors, mis hors de lui, représenté en danse et en autopsie. Encore une fois mis hors de lui. Il faut le représenter dans sa danse et son autopsie, avec le langage à l’extérieur ; il faut le représenter à l’envers, ouvert, portant le langage, offrant devant lui ouvert son corps de langage.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


DAHAN Théo   –   Peintre

theodahan.blogspot.fr                                                                                                             Trois panneaux 120 x 40, peinture à l’huile et collages

Texte : Michèle Rakotoson journaliste et écrivaine malgache

Ecouter la radio, voir la télé, lire les journaux… Une lassitude qui vient, le poids des mots, le choc des photos, Babel se chante en multilingue et parle de crise, de mort, de guerre… Lassitude… Très grande lassitude… Crise dans ma tête, devant moi un enfant qui mendie, un autre sur son dos.. Enfants des rues, misère terrible, un jour s’ils s’organisent en bande, en meute… Il suffira d’un militaire fou, d’un politique malade… C’est du domaine du possible, le pays est en crise depuis 10 ans… Des images de la télé, des chiffres qui tournent en rond, cent morts, deux cent, trois morts, les chiffres qui ne veulent plus rien dire… On s’habitue à presque tout et c’est ainsi que vient le cheminement vers l’horreur, Actes de terrorisme, chômage, violence… Mais aussi… Et en moi, les visages de ces paysannes qui sont venues me voir. Elles ont pris en charge l’école, les réparations, le salaire des instits, tout le fonctionnement, Me revient le visage de Ragré, le poète paysan, qui va d’école en école pour former les enfants à la danse traditionnelle, au chant, à la poésie. Ragré le gardien de la mémoire A tout ce petit peuple, qui travaille, travaille, construit, reconstruit sans relâche… Des mots, des images, des chocs… Mais pourquoi ne parlent-ils pas de cette réalité là, la réalité quotidienne, si humble, si courageuse…

 

 

 

 

 

 


DALLE Marc   –   Peintre

 www.marc-dalle.com                                                                                                              Chroniques de danse

Texte : Pierre-Marie Beaude,  écrivain et chercheur

moines_marc_dalleDanse des ibis sur la montagne sacrée, parades nuptiales aux deltas des rivières, Euterpe a pris sa flûte.

Dansons, dit-elle. Les dieux sont des oiseaux.
Et les hommes s’inventèrent des ailes, comptant bien s’envoler après trois pas de danse. Ils chutèrent. Punition du ciel, dit un clerc. Eurêka, dit un physicien devant son pommier.
Alors les hommes, avec gravité, s’obstinèrent. Leurs chamans dansèrent les nuages et la pluie, les démons, la tortue et l’ours notre ancêtre à tous. Ils lancèrent sur les ponts d’ingénues farandoles. Ils dansèrent le vin fort et l’amour, Eros et les corps enlacés, jubilatoire pied de nez à la Faucheuse du bal des transis, pendant que frère Angelico, sur les murs du couvent, invitait un ressuscité, le temps d’un pas de danse.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 DUJON Christiane   –   Plasticienne

christiane.dujon@free.fr

Texte : Louis-Michel de Vaulchier,  poète plasticien

Course avec les rasdujon-de-vaulchier-duo-01

De mes pieds jusque là-bas, accourant par derrière ou fuyant par devant, une multitude de futurs horizons attendent leur tour. Dans la lumière rasante d’un soleil couchant, ce champ, ces champs, d’autres champs, plissent, lentement soulevés par les vagues successives des ras. D’un commun mouvement uniforme, sillons de terre labourée, crêtes des hautes herbes alignées par le vent, rides cuivrées à la surface des étangs sont continûment roulées jusqu’à l’horizon.
Après m’être laissé tomber puis glisser dans la meute je rampe à même le sol dans l’intention de m’approcher. Je veux savoir. Et c’est pourquoi cette marche me convient dans la compagnie des autres qui s’enfuient. En lignes serrées nous progressons silencieusement par rangées sombres et veloutées. Multiples écorchures dans les herbes. Nous ne sommes pas tranquilles. Nous ne parviendrons jamais à être tout à fait de la même race, quoique je m’y applique au mieux. Et dans les vibrations de la lumière tombante nos corps plats s’agitent inquiets, égaux devant le prochain basculement. S’ils peuvent m’aider à comprendre la vraie nature de l’ultime horizontale, en retour je raconterai leur course quotidienne.
Je traîne un stylo et beaucoup d’horizons, dans une éclaircie des nuages épais, dressent leurs queues noires, plus ou moins raides, plus ou moins inclinées, plus ou moins arrondies, plus ou moins serrées, plus ou moins enlacées. Il y a là-bas des allures de mots et des appels criés de trop loin pour qu’on les entende bien. Tout reste donc assez obscur. Lorsque je finis par me redresser, le souvenir des événements vécus dans la compagnie des ras demeure intact et je reste définitivement rempli de l’expérience horizontale… Quoi. Quoi. Les corbeaux se rassemblent au-dessus, traits à traits, pointes de flèches toutes dirigées vers une côte. Car l’horizon n’est pas une ligne mais un bord par-dessus lequel bascule le paysage…

(texte extrait de « Physique de l’Horizon » éd. Passage d’encres » 2013)

 

 

 

 

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FONTAINE DE LA MARE   –   Plasticien

www.fontainedelamare.odexpo.com                               Chronique mythique de la rue de la Mare

Texte : Maria Claudia Galera, anthropologue littéraire, spécialiste des mythes de Paris. 

Cʼétait Maurice qui vivait là au 58.

Tous les soirs, il ne revenait dans sa mansarde que trop tard. Ses manuscrits se trouvent dans la cave tout humide. Il était copain avec Zaza qui à son tour fréquentait Barsky, pensionnaire à lʼhôtel de la Gare. Celui-ci raconte encore au bois-charbons chez lʼAuvergnat comment il a été mordu par un chien.

Simone aime bien lʼécouter. Elle chuchote à Yves une chanson révolutionnaire, chaque fois que Casque dʼor arrive avec Manda rue des Cascades, en chantant «Le temps des cerises» chez Louise Michel.
Pérec y a caché la queue du diable, Piaf y a trouvé la fleur du mal, Fréhel y a oublié son âme, Barbara y a laissé un soupir, Chevalier y a goûté son premier baiser….

Mais il y a, il y en aura tant dʼautres que ce sera toujours…
la rue de la Mare et Bellevilʼmontant !

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FONTENAU Carol   –   Artiste Performeuse

carol.fonteneau@free.fr                                                                                        Performance

Texte : Valérie FAURIE, écrivain et poète

CHRONIQUE D’UN ANACHORETE

Il a choisi le retrait
mais il écoute siffler
la roue du monde…violences et haines
/armes crépitant des enfants-soldats
/âmes errantes au creux de la nuit
/corps épuisés au petit matin…de l’oubli.
La couleur de l’amour…fleuve de sang
la couleur du soleil… cadavres d’enfants.
Vile humanité,
vains humanitaires,
je ne peux plus vous appeler « mes frères »!!…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


GRANDJEAN Yona   –   Peintre

www.yona-grandjean.com                                                                                        

Texte : Georges Perec, écrivain (Extrait d’Un homme qui dort, Roman, 1967)                       Toiles 73 cm x 54 cm

Un homme qui dort

« Regarde ! Regarde-les ! Ils sont là des milliers et des milliers, sentinelles silencieuses, Terriens immobiles, plantés le long des quais, des berges,           le long des trottoirs noyés de pluie de la place Clichy, en pleine rêverie océanique, attendant les embruns, le déferlement des marées, l’appel
rauque des oiseaux de mer. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


KAPKO Marc   –   Peintre

ymage91.free.fr/Kapko/Kapko.htm                                                                « Exils »      peinture émulsion, pigments, sur papier toilé, 1.50m x 2m

Texte : Etienne Marest, écrivain, critique de théâtre (Editions Lansman, Revue « Théâtre/Public » Ed. « Théâtrales »)

Quelque chose encore se raconte.

Il fait toujours montre d’une belle allure, d’un même allant. Il avance d’un pas léger. A le voir ainsi, presque sautillant, l’on pourrait croire qu’il décolle, mais non, il n’en est rien car en aucune circonstance, quoi qu’il advienne, il ne saurait faire preuve d’une inconséquente légèreté.

Ne pas rendre les armes, jamais. Il ne le supporterait pas. Question d’orgueil. Et question de survie. Car il devine sûrement qu’il en va de la survie du monde, peut-être de la survie de l’espèce ou de toute autre considération dont il sent bien qu’il ne saurait dire le nom. Un mouvement, il perçoit qu’une faible rotation s’engage au plus fort de lui-même et pourrait l’entraîner au bord d’intenses remuements. Comme s’il lui fallait consentir d’innombrables brassées d’air de ses bras rescapés, de son corps incendié et de ses battements de cils.

Voudrait-il croire ? Plutôt voudrait-il croire qu’il pourrait à lui seul évincer toutes les sottes illusions ? Toutes ces vulgates qui n’ont d’autres intentions que d’embrumer les consciences et distiller d’ignobles venins. Il voudrait y croire. Et parvenir à engager d’irréversibles actes, lesquels causeraient d’irréversibles brèches au sein même de leur monstruosité. La tête lui tourne un peu. Il veut forcer le pas, crânement. Et jeter, par-delà ses propres mesures et par- delà les convenances, tout ce qui le retient encore à d’insoupçonnables carcans. A d’indifférentes et grotesques mesquineries.

Il s’avance. Fait quelques pas. Pourrait retenir sa respiration.
Nombreux sont ceux qui l’accompagnent. Progressent au même rythme que lui. Les autres. Il n’entretient cependant avec eux que d’imperceptibles et ternes connivences. Que de faibles soupirs. Partage peut-être des soubresauts. Echange de pâles sourires. Peu. Les autres, le sens commun lui commande de les appeler sujets. Il sourit intérieurement. « Sujets de discordes » pense-t-il. « Sujets d’intolérables colères ». « Sujets d’éternels malentendus ». C’est certain, il n’a jamais fait preuve d’hypocrisie mais en a-t-il tiré la moindre fierté ? Il juge la question inutile. Refuse d’y répondre. Les autres n’auront jamais été que d’impossibles semblables et d’innocentes menaces. Que d’imprévisibles maraudeurs.

Au milieu de tous ceux-là, il s’avance. Seul. Soudain, il s’élance et commence à entamer une nouvelle ascension vers d’irrépressibles vertiges. Vers des espaces de rémission et d’exils. Au prix de quels renoncements?


KOECHLIN Marie-Danielle   –   Plasticienne

www.mariedanielle.net                                                                                         Projet non définitif

Texte : Hélène Warnery, poète.   Nous travaillons sur le thème : « Le viol, arme de guerre »

 

Quel est cet aven où se versent mes larmes ?
Quel est ce précipice où ma peine se perd ?
Quel est ce gouffre où se glace mon effroi ?
Quel est cet abîme où vacille ma folie ?
C’est ton ventre

Qui es-tu fille, sœur, épouse, mère, fillette ?
Qui êtes-vous ombres passantes du J.T ?
Qui êtes-vous dans le voile de votre sang
Gisant au dépotoir des continents ?
Ventres ouverts

Vous êtes l’orgueil de la kalachnikov
Vous êtes le rire cynique de la machette
Vous êtes le délire sacré des massacres
Vous êtes la rage d’orgasmes du MALe
Au néant de ses tripes

 

 

 


LANTIER Nicole  –   Peintre, dessinatrice, graveuse.

nicolelantier.free.fr

Texte : Janine Teisson, écrivaine, in La Métamorphose du Rossignol, Editions du Chevre-Feuilles Etoilée, 2015

Rouge Rossignol Polyptyque, 4 (112×40), Acrylyque et gouache sur papier

Longtemps j’ai cru que les femmes qui exhibaient un hibiscus sanglant, une orchidée violine ou un fuchsia en bouton là où d’autres ont une bouche, vivaient avec cette fleur de graisse au visage sans y penser, quasi naturellement. Je constate aujourd’hui que j’étais dans l’erreur. Il n’y a rien d’infus dans le port d’une bouche peinte. Cela demande une discipline de chaque instant, une conscience si  aiguë du geste le plus inoffensif, du plus infime frôlement, que la vie d’une montreuse de lèvres rouges confine au funambulisme, à l’hyperconscience yoggique.
Jamais un doigt sur la bouche tandis qu ’on réfléchit. Ne pas se mordre les lèvres d’impatience ou d’angoisse. Si l’on veut se ronger un ongle, retrousser les babines comme la hyène sur son os. Manger sans jamais frôler les aliments, s’essuyer au cours du repas en tapotant délicatement les commissures. Ne pas toucher des dents de dessus la lèvre inférieure pour éviter les sourires du genre : on a tiré sur le pianiste, ou pire : la fiancée de Dracula. Boire sans maquiller le verre. Fumer……encore qu’une cigarette au bout rosi, si on ne l’abandonne pas sur le lieu d’un crime, puisse être évocatrice. Ne pas trop rire ni pleurer non plus. Ne pas se pourlécher, ne pas lécher une glace, même à la framboise. Ne pas embrasser inconsidérément joues ou bouches, non, baisoter dans l’air, sans contact, en faisant seulement le bruit. Ne pas sucer le doigt de son amant. Ne pas se jeter contre la popeline immaculée qui civilise son viril poitrail, ou le faire de profil, ou mettre une serviette en papier, et j’en oublie infiniment.
La bouche rouge et qui doit le rester est une pestiférée. Peut-être est-ce pour cela, plutôt que par déontologie que les prostituées n’embrassent pas.
Ce rougeoiement qui hameçonne les désirs est pour la femme, un témoin du temps qui passe. Qu’elle oublie de le rallumer et son visage se dépouille de sa belle arrogance, s’altère, devient maladif. Le fard perd sa brillance, l’incarnat vire, le dessin de la bouche devient approximatif, fondant, surtout par temps de canicule. Soumis à la force centrifuge, le vermillon s’incruste dans les fines rides périphériques jusqu’alors invisibles et transforme cet objet en une improbable boutonnière .Vue de près, ou dans ces miroirs grossissants que consultent les alouettes de plus de quarante ans, la bouche prend des allures d’’anémone de mer naissante. Passé un âge certain, il pousse sur ses pourtours des pattules nombreuses et bien inquiétantes. Il s’en faudrait de peu que les coulées sanguinolentes, suivant les rigoles déjà creusées, n’envahissent ces vieux paysages et ne les marquent d’une hydrographie de cauchemar.
Aussi les belles truqueuses ne se séparent-elles jamais du miroir de poche qui débite leur vie en tranches fines. Toutes les deux heures, parfois avant si elles ont commis une faute, effleurement intempestif, conversation trop animée, celles qui portent estampille pourpre au visage doivent raviver, raccorder, colmater, réparer sans faiblir les ravages que perpètre le temps.

 


LEONARD Magali   –   Peintre

magalileonard.com                                                                                                                                                            haÎjin contre le nucléaire

Texte : Monique LEROUX SERRES édité aux Editions Pippa dans un recueil de  Haîkus franco-japonais bilingue : 

« TRENTE HAÏJINS CONTRE LE NUCLEAIRE » PIPPA EDITIONS 2015

oeuvre-magali-leonard

Un pin est un pin
Un nuage est un nuage
Et une centrale ?

 

 

 

 

 

 

Haîku contre le nucléaire, 2015, technique mixte sur toile, 2 pans 80 x 80 cm

 


 LESGOURGUES Sylvie –   Peintre

www.lesgourgues.com            sylvielesgourgues@gmail.com                          Autour du roman d’Emmanuel Darley   –  acrylique sur carton (30×30 cm)

Texte : Extrait du texte d’Emmanuel Darley « Le Bonheur » roman chez Actes Sud

« Pas de souvenir. Il y a longtemps c’était. Pas un souvenir.

C’était noir, c’était froid, il y avait avec nous d’autres gens et puis cela durait. Moi j’aurais voulu demander pourquoi c’est qu’on est parti, qu’est-ce que c’est qu’on va trouver ensuite, comment c’est qu’on dit école là-bas mais bon, tais-toi maman elle disait.

Tais-toi, oui, il répétait papa.
Au début, c’est vrai, c’était drôle, ça avait le goût de l’aventure, aller sur les chemins, parfois courir d’un coup et ensuite rester accroupis cachés, et puis au bout d’un moment j’ai eu peur, faim et soif. Je ne savais pas quoi penser. »

 

 

 

 

 

 

 

 


 LOISEL Danielle –   Peintre

 loiseldanielle@gmail.com                                                                                                                                                        «  Yalova Story «

Texte : Salah Al Hamdani, poète

Aveu
Le destin ressemble à ces nuits entières
oubliées dans l’encrier…
Laisser les taches de silence étouffer la lumière
Entre lac, ombre et cendres des étoiles
une caravane d’hommes tisse l’aridité d’un mirage en deuil
Il est l’heure de tirer sur la lune et sur ses récits
mais je ne me souviens plus quand, pour la dernière fois
j’ai aperçu mon père
Mon souffle se mêle à la traversée des villes
au tiraillement du doute
qui s’empare des songes
Ce monde enserré de vertiges
les arbres vont en ordre montant
un nuage reflété dans un puits
Une euphorie de grand sommeil
s’y réfléchit aussi avec le sens de la mort
Elle offre son corps à l’incendie de l’âme
Tandis que la tourterelle
dépasse au sommet de ma tristesse
elle ignore mon vieillissement
et ce corps fané dans le miroir
Chute des astres et de leur vertu
chute de la douleur et de la parole
pour creuser l’absence
pour en finir avec l’aveu, l’encre et la mémoire
et ne plus pleurer ceux qui ont trahi le large

 

 


 MAELLA CITRON Mireille –   Sculpteur

page de Mireille

Texte : Texte extrait de « LE BLUES DE L’INSTITUTEUR » de GRAND CORPS MALADE

                           
«  les enfants, écoutez moi, je crois que je ne vais pas bien                                                                                       Accorperdus                                              Terre d’écueil

j’ai mal quand je vois le monde
et les hommes me font peur
les enfants expliquez moi, moi, je ne comprends plus rien
pourquoi tant d’injustice,
de souffrance et de malheur ? ».

 

  STOOOP !!!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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 MAIGNE  ALINE  –   Peintre – graveur

aline-maigne.odexpo.com                                                    panneau papier de 150 x 100 se divisant en 3 parties. Technique mixte

Texte : Texte extrait de « Passagère du silence » de Fabienne Verdier

Le texte est incorporé  à l’oeuvre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


MARTIN CALVO Lina   –   Peintre

galeriedart-linamartincalvo.com                                                                

Texte : Joaquín Carbonell, compositeur, parolier, narrateur, poète et journaliste espagnol                              Cliquer pour écouter la chanson

CANCIÓN PARA DIMITRIS                                                                                   Chronique d’une mort annoncée     90 cm x 90 cm  –  technique mixte sur toile.

Refugio de palomas
Luz violeta de pincel
La mañana griega se sintió volar.
Serena la cigarra
Se aturdió bajo el mantel
Que acogía un desayuno sin usar.

La higuera vio la fuente
Y brotó luz de la miel
Son las siete y los dioses ya no están.
Dimitris es agudo
Un anciano de papel
Una voz que clama al mundo sin gritar.

A veces el destino nos empuja hacia el final
Rompiendo las señales de aparcar
Un tiro no es un ruido es como una catedral
Que se esfuma entre la niebla de cristal

Dimitris busca el árbol
Y Sintagma es el lugar
Al frente el Parlamento Nacional.
Empuña una pistola
En un gesto tan vulgar
Que no llama la atención del personal.

Alba azulada      90 cm x 90 cm   –  technique mixte sur toile

“No quiero su limosna
Hoy me rindo sin luchar
No buscaré comida en un corral”.
Los cielos se cerraron
Y la tierra fue a llorar
Era abril en cada punto cardinal.

A veces el destino nos empuja hacia el final
Rompiendo las señales de aparcar
Un tiro no es un ruido es como una catedral
Que se esfuma entre la niebla de cristal.

A veces el destino nos empuja hacia el final
Rompiendo las señales de aparcar

El portavoz del Fondo Monetario Gerry Rice
Confesó que estuvo a punto de llorar.

« Chanson pour Dimitris »
Dans le contexte économique actuel, on est confronté aux cercles concentriques sous la forme d’une spirale infernale qui précipite la victime  vers sa fin.
Pourquoi personne ne prend ceci au sérieux ?
Pourquoi le crime n`a-t-il pu être évité ?

 


 MASTERNAK  Dany   –   Peintre – techniques mixtes

masternak.dan@gmail.com                                                                       « Qu’allons-nous transmettre à nos enfants ?… »  photo non définitive

Texte : Nicolas HULOT,  extrait de  « Pour un pacte écologique »   Editions Calmann-Lévy

« L’activité humaine est en train de bouleverser les équilibres naturels qui ont rendu notre planète habitable – des équilibres qui ont mis des millions d’années à s’instaurer.

Le compte à rebours a commencé. Pour d’innombrables espèces animales et végétales, il est déjà trop tard. Quant aux hommes, ils sont des centaines de millions à souffrir de l’affaiblissement de leurs ressources et de la pollution, et seront demain encore plus nombreux à être victimes des dérèglements climatiques qui les chasseront de leurs terres et les pousseront à émigrer vers le nord, où les attend une autre forme de misère (….)
Au XVIII° siècle la France des Lumières montra au reste du monde que l’homme pouvait prendre en main son destin. Elle peut à nouveau être à l’avant – garde d’une mutation essentielle pour le genre humain (….) Agissons ensemble avant qu’il ne soit trop tard. »

 

 

 

 

 

 


 MOLAS-SERVANT  ODILE   –   Peintre

molas.servant@free.fr                                                                                     » traces 1″, « traces 2 »    Aquarelle et encre sur papier   ( 57 cm x 77 cm)

Texte : Patrick Fetu, haïkiste

après la tempête
les vagues ont sculpté la plage
oubliant les algues

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 NASSOY  Daniel   –   Photographe

danielnassoy.com                                                                                               “Liberté et homosexualité” – Maroc et Algérie

Texte : Jacky FOUGERAY  ancien rédacteur en chef du Gai Pied, crée le magazine Illico en mars 1988

 

crea-passworld-maroc-algerie-20x30Il y a quelques mois, le news magazine marocain Maroc Hebdo publiait une Une jugée homophobe à la suite de différents événements survenus dans le pays mettant en cause la pénalisation de l’homosexualité.

L’hebdomadaire interrogeait le lecteur sur sa couverture avec un titre choquant « Faut-il brûler les homos ? ». Cette Une avait suscité de nombreuses protestations sur les réseaux sociaux, notamment la page Facebook du magazine témoignant de l’existence d’un débat bien vivant au sein de la société marocaine.

Dans ce pays de 34 millions d’habitants où l’islam est religion d’Etat, on sent poindre un mouvement moral d’abord tel que la société française en a connu il y a seulement quelques décennies sur le même sujet. L’homophobie « à la française » d’alors n’était pas forcément plus douce que ce qu’on découvre des réactions hostiles au sein de la frange conservatrice qui domine encore largement l’opinion au Maroc.

Derrière des slogans effrayants, des actions de harcèlement ou la main de la justice officielle, se révèle néanmoins une incontournable réalité. Cette visibilité de l’homosexualité qui est le prélude – souvent violent – à l’émergence d’une tolérance à venir, d’une acceptation future et, enfin, d’une intégration légale.

Il n’y a de pire enfermement et de pire négation que le silence absolu sur l’homosexualité. Le « réveil » – même hostile à ce jour – des sociétés africaines vaut mieux que le silence de mort qui y a prévalu des décennies durant. Il signifie que ces sociétés rejoignent le concert mondial des droits humains et en particulier celui des droits LGBT.

 

Texte : Pierre Borhan, écrivain, journaliste, historien de la photographie, commissaire d’expositions français

 

Les Cartes du corps de Daniel Nassoy s’apprécient d’abord pour leur qualité esthétique : physique des modèles, cadrage, éclairage. Elles offrent des hommes magnifiques à la délectation des admirateurs de la beauté masculine. Elles attestent que cette beauté – heureusement riche de variations — n’a pas de frontières, comme le confirment les cartes géographiques et les drapeaux nationaux que le photographe associe aux chairs dénudées. Mais les homosexuels, honnis pendant des siècles pour leurs étreintes partagées avec leurs semblables, ne sont pas pareillement considérés d’un pays à l’autre. Aussi Daniel Nassoy confère-t-il à son atlas une dimension politique. Il intègre les inégalités de traitement subies par les gays dont les plaisirs charnels et les élans du cœur sont, selon les États, légitimes, tolérés, interdits, voire sévèrement punis. Sa cartographie est empreinte de dogmes, d’oukases religieux qui orientent les mentalités, les mœurs, et condamnent des préférences sexuelles qui relèvent pourtant, naturellement, du genre humain.
Les Cartes du corps s’inscrivent dans une perspective historique des doctrines, des croyances et utopies, et finalement du droit qui s’impose à chacun. Après avoir adopté le Pacte civil de solidarité (PACS) le 15 novembre 1999, la France a autorisé le mariage « pour tous » par une loi du 17 mai 2013 qui ne met pas fin à toutes les stigmatisations, mais les atténue, les fragilise. Enfin chacun peut a priori goûter l’agrément d’être lui-même. Son amour réciproque accède – à quelques réserves près — au droit commun. Le mariage entre personnes de même sexe consolide l’égalité juridique de tous. Il n’est pas un fait d’arme. Il est un fait de justice.

Texte : Erik Rémès, écrivain, journaliste et peintre

Une Gay Pride a lieu chaque année à Istanbul, regroupant quelque 5000 personnes. Mais le sujet provoque toujours de fortes crispations, des phénomènes de rejet, des violences de la Police même, voire des actes criminels. De grandes disparités, dans l’acceptation et la visibilité des homosexuels, existent entre les différentes régions et milieux sociaux. La classe politique turque s’illustre régulièrement par des sorties homophobes. Les relations homosexuelles entre adultes consentants et en privé ne constituent pas un crime. La majorité sexuelle pour les hétéros comme pour les homos est de 18 ans. On note aussi des interdictions contre « « l’exhibitionnisme en public » et les « outrages à la morale publique » qui sont utilisées pour harceler les personnes LBGT. Il n’existe aucune loi pour protéger les personnes LGBT des discriminations à l’embauche, à l’éducation, au logement, aux soins, aux services publics ou au crédit. La Turquie ne reconnaît pas le mariage homo, l’union civile ou les partenariats domestiques. Le conseil d’état turc a décidé que les homosexuels ne pouvaient pas avoir la garde d’enfants, mais ce n’est pas inscrit dans la loi. La culture de crime d’honneur a encore cours. L’armée turque discrimine les homos et les bis en leur interdisant de servir dans l’armée. Par ailleurs, la Turquie ne reconnaît pas l’objection de conscience au service militaire. Des objecteurs se déclarent donc « malades » et doivent d’après Human Rights Watch subir des examens humiliants pour « prouver » leur homosexualité.

Texte : Jean-Paul Cluzel , President, à Réunion des musées nationaux et du Grand Palais des Champs-Élysées

Dans cette photo, Daniel Nassoy nous donne une réflexion sensible et nuancée de ce qu’est l’homosexualité dans l’Iran d’aujourd’hui, ni férocement réprimée, ni vraiment tolérée.
Selon Amnesty International, il y a eu en Iran 360 exécutions capitales en 2011, 734 en 2014, dont 5 femmes et 1 mineur, et 694 au cours des six premiers mois de 2015. Même si les chiffres officiels du gouvernement sont légèrement inférieurs, la République Islamique d’Iran détient ainsi le record mondial du nombre d’exécutions capitales par habitant. Les autorités avancent que 74% des sentences sont liées au trafic de drogues, causé à ses frontières orientales par l’effondrement de l’Afghanistan voisin.
Ce bilan est suffisamment terrible pour ne pas en diminuer la crédibilité en imputant à l’Iran des violations de Droits de l’Homme qu’il ne commettrait pas. Il ne semble pas en effet que depuis la pendaison le 19 juillet 2005 de Mahmoud Asgar, 16 ans, et d’Ayad Marhoni, 18 ans, il y ait eu d’exécution capitale pour des faits uniquement lis à des actes homosexuels. Le cas des deux jeunes gens est même contesté, car le chef officiel d’accusation était le viol d’un mineur de 13 ans.
Depuis lors, il n’y a pas de preuve qu’aucune des centaines de peines capitales qui déshonorent l’Iran n’ait été motivée judiciairement par des actes homosexuels, y compris trois pendaisons le 7 septembre 2011 et deux autres le 6 aout 2014. C’est en tous cas l’avis d’Human Rights Watch et de l’International Gay and Lesbian Human Rights Commission, même si cela est contesté par des associations LGBT.
L’Iran n’en est pas pour autant un paradis pour les homosexuels.
La sodomie, mais non les caresses homosexuelles, reste en droit punissable de mort, comme le sont les vols à main armée, la haute trahison, le trafic de drogues, le viol, la pédophilie, le kidnapping et tous actes susceptibles d’être qualifiés de terroristes.  Selon les observateurs, pour la sodomie, la peine appliquée en pratique est celle de 99 coups de fouet. Elle serait rare.
Une forme semble-t-il courante aujourd’hui de pression est l’encouragement pour les homosexuels « efféminés » à changer de sexe ; l’opération est remboursée intégralement par la sécurité sociale iranienne.
Les observateurs s’accordent à reconnaître que l’homosexualité est tolérée dans les cercles les plus occidentalisés et les plus riches de Téhéran et que la police ferme les yeux, moyennant finance.
Quant à la tradition supposée d’amour pédérastique dans la haute société persane traditionnelle, la lecture des poèmes de Saadi, Hâfez et Rûmi, atteste autant de leur attachement à l’ivresse du vin qu’à celle des garçons, tout en restant d’une chasteté ambiguë. Une miniature persane de 1627 représente le Shah Abbas I avec son page lui caressant la verge, pudiquement cachée dans les vastes replis de son sarouel.
Je tiens à la disposition des incrédules qui liront cette notice tous les liens utiles sur la toile.

Texte : Alain Burosse , réalisateur, créateur de la « Nuit gay » sur Canal + et artiste

La Habana, Diciembre 1986,  año 27 de la Revolucion.
(À l’occasion du festival du nouveau cinéma latino-américain.)

À cette date, on est déjà loin des persécutions homophobes des années 60 avec leurs purges, rafles et camps de rééducation pour transformer le «rebut déviant» en «homme nouveau».
Mais on est encore loin aussi des excuses de Fidel («Je suis responsable de cette injustice», 2010) et de la libéralisation amorcée sous l’égide de Mariela, la fille lesbienne de Raúl Castro.
Le mojito n’a pas encore inondé le monde capitaliste. Buena Vista Social Club? Personne ne connaît. Un pape à Cuba? Toutes les églises sont fermées,  exceptée la Cathédrale où s’y rendre pour prier est un acte contre-révolutionnaire, mais l’image christique du Che est omniprésente. La prostitution semble éradiquée. Pas – ou si peu – de touristes. La santé et l’éducation sont vraiment gratuites, et l’économie, sous perfusion soviétique, assure le minimum à tout le monde.

J’ arrive avec deux livres : «Le monde hallucinant» de Reinaldo Arenas ( exilé depuis 1980 et totalement interdit à Cuba) et le guide Spartacus, qui m’indique un lieu de drague: Coppelia.
Ça tombe bien, c’est à deux pas de mon hôtel, le Habana Libre, ex-Hilton nationalisé au début de la révolution. Des cerbères empêchent toute infiltration non officielle : pas question de faire monter un inconnu dans la chambre. Et, pour un Cubain, inviter un extranjero chez lui le conduit direct au commissariat (vérifié plus tard…).
Coppelia est un grand jardin où de longues queues disciplinées (on fait la cola pour tout) s’étirent pour déguster le petit pot de glace fresa y chocolate dont raffolent les cubain/es : la scène d’ ouverture du film du même nom se déroule bien sûr à Coppelia (aaaah la première projection hystérique sur place en 1993 !).
Il fait 30°, je m’installe sur un banc, et je mate les gens. Métissage harmonieux – toutes les gammes du blanco-moreno-mulato-negro. Soi-disant machos. Impérieuse fierté d’un peuple qui tient tête à la superpuissance voisine.Vêtements légers. Sensualité naturelle à fleur de peau.
Je vais me plaire ici.
Quelques folles sympathiques batifolent et lancent des œillades. Je voudrais bien faire connaissance mais je ne baragouine en espagnol que quelques banalités basiques (maricón) et j’ignore tout encore de l’argot havanais (pinguero, mariposa, pato et puto, pajaro, loca, bugarrón, mariquita et autres michi michi…)
Et c’est là, de l’autre côté de la rue du jardin-glacier, que je croise son regard. Il est mulato, fier et sensuel. Il fait la cola pour la guagua (prononcer «wawa» : le bus hyper bondé propice aux frôlements). Il m’attend, je le rejoins, on bafouille. Je le sens craintif d’être épié, le passé répressif est proche. Je lui donne rendez-vous le lendemain soir devant la sinistre librairie qui fait le coin et ne vend que des ouvrages à la gloire du socialisme, tropical ou sibérien.
Il ne viendra pas, je crois.

Il vient.
Et nous voici errant dans la nuit de La Havane, fuyant la foule, à la recherche d’un endroit tranquille. Impossible : les CDR (comités de défense de la révolution) veillent à chaque coin de rue – au cas où les méchants gringos impérialistes attaqueraient.
Nous papotons, avec les mains. Il est étudiant aux beaux arts et danseur. J’adore son très léger zozotement.
Après avoir longtemps marché, je prends l’initiative et repère sur une avenue déserte un arbre majestueux ( le jagüey ) dont des branches-lianes descendent vers le sol pour reprendre racine.
Le tronc gigantesque est creux, j’y entraîne mon compañero.
Faire l’amour dans un arbre, c’est quand même autre chose que les bosquets des Tuileries.

Mierda, je suis amoureux…           ¡Ay Dios mio!
Quelques années plus tard, après bien des mojitos, des retours à La Havane, des cours d’espagnol et d’argot cubain, des vicissitudes avec la police locale et des formalités migratoires interminables, Jorge est venu me rejoindre à Paris.

Et moi, je suis souvent retourné à Cuba, mais jamais dans un jagüey.

 


PELLECER France-Noëlle   –   Peintre et photographe

france-noelle.pellecer@wanadoo.fr

Texte : Jacques Cauda    écrivain.

Tijuana

fille 1 Mexique (caliente) homme 3
policia avec chiens chauds et musique
quand les oiseaux noirs
sortiront de l’accordéon
je te rendrai invincible
par ma défaite

Te haré invencible con mi derrota
portée en triomphe
pour un rendu à la vie éternelle

homme 1 zèbre 1  homme 2

 

A dada rue Picabiadp-fcp-aaab-60x80
Sur un vélo sans jambes
Qui roule ses chaussettes sur le trottoir

De quoi se pare la vérité ?
D’une nappe de soleil
Empreinte dans un ciel de cils ?
De la pensée d’une lueur
A la pupille brûlée
Qui meurt vite sur le mur ?

Une petite fille dans sa belle robe d’été
Alice à visage découvert

Le souffle d’une femme
Dont les jambes sont visibles

La photographie est un jeu avec la neige dans la nuit
Les filles posent des paysagesdp-fcp-60x80-filles-1
Qui dansent sur le devant de la rue

Un visage dans ses cheveux
On dirait un visage
D’un œil au seul regard

« Ô Mademoiselle mon cœur »
à la bouche parfumée
laissée au vent du voir
c’est ça la photographie

Cuisses nues dans la poussière
Papiers de filles
Dans le blanc des yeux par les yeux

Clicdp-fcp-reporter-60x80-graff-20em
Des hommes comme des avions
Volent des images
Sur le rebord de l’œil
Clash !

Des images
Sur le pas des portes
De l’imagination
Clic !

Sur le mur
Des images qui ont déjà
Tout imaginé
Clac !

Des images surprises
Sur le mur
Habillé en photographie

Des images
A surprendre en photo
Sur le mur
Du déjà-vu

Des images


PIOLAIS Rosemary   –   Peintre et graveur

rosemarypiolais@gmail.com                                                                                                            « Le Choc » 180 x 100 cm, acrylique sur toile

 

Texte : Nathalie Piolé    Productrice à Radio France.

Avant, elle ne peignait que les visages. Elle s’était rendu compte que la vérité des gens se cachait dans leurs yeux. Alors elle peignait les rides, les peaux, les pleins et les vides de tous les humains qui croisaient son chemin.
De fil en aiguille, elle était devenue portraitiste. Les volontaires se bousculaient à sa porte. Fiévreux, frémissants, tous voulaient que la dame aux pinceaux leur tire le portrait – on murmurait que ses coups de brosse sur la toile débarrassaient les soucis et équilibraient les beautés les plus incertaines.
Jusqu’à ce qu’elle s’attaque à l’inattaquable.
Un matin de janvier, elle ferma sa boutique et décida de tirer son propre portrait.
Elle ne put le terminer. Ses yeux, toujours, ses yeux changeants, brûlants d’une flamme étrangère, ne se fixaient pas sur la toile.
Vingt fois, trente fois, elle scruta son miroir, évaluant ses contours, raidissant ses traits. Vingt fois, trente fois, elle apposa sa matière, travaillant ses couleurs, précisant ses lignes. Son reflet ne lui cédait rien. Son visage se défilait. Son visage la défiait.
La dame aux pinceaux ne rouvrit pas sa boutique. Fini les portraits. 
 »Je tourne le dos aux yeux, et aux visages qui les entourent », inscrivit elle sur sa devanture.
Mais les gens, avides de posséder une toile de la dame aux pinceaux, commencèrent à lui présenter leur dos.
Plus d’yeux, plus de visage, plus de creux, mais des dos.
Elle-même se mit très soudainement à le sentir, son dos. Son dos qu’elle étirait, après des heures passées devant sa toile. Son dos qu’elle ne pourrait jamais voir entièrement, mais qu’elle devinait, et qui l’accompagnait à chaque instant. 
Les dos s’échappaient mais disaient une autre vérité. Les dos portaient les mots bien plus simplement que les visages. Les dos ne cherchaient pas à vous regarder. Ils montraient. Comme un humain pointant son doigt vers le ciel.
La dame aux pinceaux se rendit compte que la vérité des gens se cachait dans leur dos.

 

 

 

 

 

 

 


PROA Antonio   –   Peintre

antonioproa.art@gmail.com            www.antonioproa.com                                                                                                       « Fusion » 130cm large x 180 cm haut, peinture

Texte : Ana Chig, poète . “ El concepto necesario”  from the poetry book “Arco insular”    Nodulo  Ediciones, Tijuana, Mexico

EL CONCEPTO NECESARIO

La poesía es el vestido,
halo extendiéndose por veredas y cañones.
Es lejanía, contemplación silente en el viaje a la ciudad.
Acompañamiento, ausencia, motivo de pregunta, sueño inducido, incrustación del dolor.

La poesía amanece
Se impone, es niebla que arrastra días soleados.
Esta silenciosa, ovillada bajo el puente,
es la esencia del café.

Anuda dramas, secunda amores
Posibilita lo imposible, nombra lo innombrable.
Existe como concreción de raíces
brotando entre las noches

La poesía viene en racimos como fruto de agosto
Ola indispensable de verano,
atardecer imposible de estos días.

Poesía es desnudarse, erigirse, ahondar en la oscuridad.
Es la mano deslizándose en el cuerpo.
Semilla abierta, lluvia necesaria.

Poesía es el juego olvidado de los niños.
Algarabía de la tarde, calle abandonada,
desprendimiento último de invierno.

Poesía es el sinónimo de amor, vida, muerte
de toda palabra que el tiempo -en su inconciencia,
busca entre los espejos.

 


RACH’MELL   –   Plasticien

Texte : des mots détournés …

suicide300         ouvert300         loucher300

 

incognito300        grosalcoolo300           explosif300            

 


REVAULT Etienne   –   Photographe

espace14studio@gmail.com                                                                                                                                                            Chronique pour un port

Texte : Etienne Revault, Le Havre, 2015, auteur                                                                                                       50 x 50 cm

Il était midi, lorsque Marcel engagea son 15 tonnes sur le parkingrevault-chroniques-1
du port. Il mourrai de faim. Il descendit de son camion,
shoota dans un caillou en sifflant et entra dans la seule gargotte
du coin. La patronne, une femme généreuse au sourire malicieux,
aux joues pleines où gesticulait une petite langue, proposa en
avançant sa forte poitrine, le menu à Marcel. Plat du jour : langue
de veau sauce piquante. Marcel avala sa langue sans ciller et
pensa à tout autre chose. Il pensait à la mer…
Il était 13 heures, lorsqu’il retrouva son poids lourd baignant
dans une flaque de soleil. Devant lui s’étalait le port et un petit
cargo lui faisait de l’oeil. A force de le regarder, il le trouva à sa
mesure. À ce moment précis ses pensées partirent en roue libre.

Rrevault-chroniques-3ien ne lui déplaisait dans cette embarcation vétuste, ni la
vieille peinture, ni la rouille. Il parviendrait au grand large, le tangage
serait si fort qu’il aurait du mal à parvenir sur le pont. Des
rafales de vent et d’écume le giflerait.

Il s’agripperait au bastingage,revault-chroniques-2
incapable de bouger et là il assisterait au plus furieux des
spectacles, au plus bruyant des concerts …
Il était 14 heures, d’un revers de main, Marcel essuya son
front et démarra son quinze tonnes. Il se demandait si les gens
qu’il croisait avaient parfois, comme lui, des pensées qui roulaient
en double file…

 

 

 

 

 


ROQUE  Marie-Christine   –   Peintre

amelight2008@yahoo.fr                                                                                                  

Texte : Vincent Munié, Journaliste spécialiste de l’Afrique, scénariste, réalisateur             

Zapping Huile (Format 90×65)

Chronique d’un jour annoncé.
(Et demain ?)

Sur la place, le soleil a encore une fois décidé de l’ambiance. Il fait la loi. Ce matin, il avait assommé tout le monde. Personne ne se risquait plus à la traverser. Quant un héros en venait à sortir de la mairie vers l’hôtel de la gare, son ombre s’allongeait, interminable contradiction avec le zénith. Longue contraction de l’invisible.  Air plombé d’un bleu sélène, sous-exposé, cet été est-il réel ? Est-il minuit ou midi ?  Tout est en suspens. Depuis la table de la terrasse,  le centre de Saint Junien s’est figé en une toile métaphysique.
Et puis ils sont arrivés. Tonnerre  de cris virils portés par le rugissement de leurs camions. « Diekman ! » Petite basse-cour vert de gris. Un vociférateur ivre. Il s’assoit avec d’autres sur la terrasse. Rire gras et anisette, les voix s’amusent de leurs rugosités allemandes. Promesses du sang, mais  le soleil n’offre plus qu’ombres et  lumières : il dévore les couleurs. Uniforme noir, seules les runes brillent à son cou. «Diekman ! »

 

 

 

Témoignages envolés Huile (Format 90×65)

Derrière l’église, le jaune des  blés s’est muté en un ocre tragique.Le chef  face à sa carte. Il éructe, s’énerve seul et donne des ordres, le mâle c’est lui. Lumière d’éclipse.
À 13h30, dans un espace électrique, les camions sont partis. Silence immense.
Aujourd’hui, ce 10 juin 1944, ici il ne s’est rien passé. Et demain ?

 

 

 

 

 

 

 

 

Espoir de l’Exil Huile (Format 65×54

Amers Remarquables

Les grands vents se tenaient immobiles, alors  que l’empreinte digitale de chaque de nos jours s’empilait en des mots, pile en des maux, de tête. Traversée sans retour, la haute mère nous épuise.
Amers remarquables, hautains, hauturiers. Bombons le torse et faisons saillir nos côtes devant la houle infinie, tandis que la tour de nos récits y vacille. Vent sombre, Albe, Sequan Ponant, Levant. Ici, l’Autan casanier lissait inlassablement le littoral pour y perdre comme les autres le nouvel arrivant, petit accroc sur l’horizon. Pauvres témoins de notre propre dérision. Héros de nos romans sans lecteur, alors que nous avions seulement faim. Sédentaire ? Alors les crocs. Retrouver à tout prix notre consolation, embarcation de fortune où chacun se dévore en croyant se baiser : Nique ! Ta mort annoncée.

 

 

 

Mémoire d’Arbre huile (Format 65×54)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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ROSNER  Mirella   –   Artiste polytechniqueS

ateliers-artistes-belleville.fr/artiste/mirella-rosner/                                                                       LE MAÎTRE DU LANGAGE le retour

 
installation suspendue – diamètre 200 x profondeur 300 cm – technique mixte

Texte :  Laurent Grisel
, écrivain, poète, chroniqueur, lecteur à voix haute

2006 (premier volume du Journal de la crise de 2006, 2007, 2008, d’avant et d’après), p. 270, publie.net, 2015

ENRON
une chute (aussi) par murmures
(…)
En fait, la vérité sue de toutes parts. Deux raisons.

D’abord, tous ces gens qui travaillent dans l’entreprise ou pour elle connaissent les chiffres et les aiment, ils les entendent.
Ensuite, il y a forcément un moment où une personne a plus intérêt à se défendre préventivement, ou à se faire valoir, qu’à avoir peur ; il y a trop de recoins d’ombre dans la société, de murmures, de confidences à l’arrêt de bus, à l’école, au parking, entre amis, entre deux verres, qui saurait ?
Certes, il y a une vérité de l’héroïsme chez John Olson l’analyste financier qui refuse de donner une bonne note, chez Carl Bass l’auditeur qui avertit des risques et se fait virer et quelques autres, celle de tenir bon face aux menaces. Le rôle des intègres est de rendre ainsi le flicage et la violence visibles, sous les sourires la terreur, mais cet héroïsme de quelques-uns va avec l’histoire diffuse, dispersée, non héroïque, de dix mille confidences
vraies, dix mille intuitions d’invraisemblance de ces comptes stratosphériques, ces dix mille et dix mille finalement avérées par leur nombre et leurs chocs dans les tourbillons des rencontres de hasard, finalement faisant masse et force.
Le 16 octobre 2001, un communiqué qui annonce 618 millions de dollars de pertes au
milieu de fausses bonnes nouvelles déclenche l’avalanche.
On apprendra par la bouche du patron tombé que l’endettement total est de « (…) près
de 40 milliards de dollars, soit près de quatre fois plus que ce qui était annoncé dans ses
livres de comptes. Plus de la moitié, 22 milliards, correspond à des dettes bancaires, le
reste étant des engagements financiers hors bilan »1. C’est la plus grande faillite
d’entreprise jamais connue aux États-Unis.

 


ROUCHOUSE  Christian   –   Photographe

www.rouchouse.wordpress.com                série « Irradiés » . 11 cadres 30/30 largeur 1,50m H 1,20m  compositions numériques

Texte : Annie THEBAUD MONY logo-henri-pezeratreseau-sortir-du-nucleaire

directrice de recherche honoraire à l’INSERM
IRIS/GISCOP93   Université Paris-13     Bobigny (France)

Irradiés autant qu’invisibles …

Les centaines de milliers de « liquidateurs » de Tchernobyl et Fukushima …

Ceux-là qui, au fil des jours, sacrifient leur santé et leur vie, 
en tout anonymat,
pour contenir la radioactivité mortifère qui contamine bien au delà des zones interdites.
Aucun « monument aux morts » ne dira leur courage et leur abnégation, face au cynisme de ceux qui les emploient…

Irradiés autant qu’invisibles …

                         
Les enfants de Tchernobyl et de Fukushima, porteurs de dosimètres,

comme de talismans 
qui ne les protègent d’aucun des maux de la radioactivité : atteintes cardiaques précoces, leucémies, maladies de la thyroïde, altération de leur système immunitaire, cancer …
Qui dira leur souffrance, mais aussi la douleur et le désespoir de leur parents impuissants à les en délivrer…

Irradiés autant qu’invisibles …

Les millions de travailleurs sacrifiés, civils et militaires, souvent « sous-traitants »…
des mines d’uranium,
de la fabrication du combustible,
de la maintenance et du démantèlement des sites de production nucléaire,
de la (non)gestion des déchets,
de la fabrication et de la maintenance des missiles, des sous-marins, des bombes et autres armes nucléaires…
Travailleurs sacrifiés aux quatre coins de la planète, ils souffrent de maladies radio-induites, cancers, leucémie, atteintes de la reproduction… Qui le sait ? Qui s’en préoccupe ? 
Quelle « réparation » peuvent-ils attendre alors qu’exploitants et dirigeants politiques se complaisent dans l’évocation incantatoire du mythe d’une « dose tolérable » ?

Irradiés autant qu’invisibles …

Les millions de malades à qui sont administrés des doses massives de radiothérapie…
Les millions de soignants exposés en même temps que les malades,
Si souvent sans information ni précaution…

Tous atteints par la radioactivité, ils sont les victimes sacrifiées de la représentation mensongère du nucléaire « sans risque ».
qui plaidera devant les juges pour la condamnation de ceux qui, délibérément, continuent d’ordonner cette mise en danger d’autrui à l’échelle planétaire, au nom de la puissance et du profit?

 

 

 


ROUSTIT  Mireille   –   Plasticienne

mireilleroustit.123siteweb.fr                                                LES REBELLES , LES INSPIREES , LES MYSTERIEUSES, LES VISIONNAIRES

 

Texte : Gwenola SANQUEUR, écrivaine, conteuse, comédienne             

WANGARI MAATHAI

Peut-être es tu née dans le creux d’un arbre ?
Toute ta vie digne fille de la nymphe
Tu as porté haut les couleurs du peuple végétal
Sans relâche, tu as repoussé le désert des terres kenyanes
Tes mains ont planté une myriade de graines
Les arbres, protégés par tes soins, ont grandi
Ultimes défenseurs d’une terre en souffrance.

CLAIRE NOUVIAN

Un corail en guise de berceau
A l’ombre de ses branches, tu as grandi
Au service du peuple sous-marin
Infatigable, tu dévoiles au monde
Les richesses insoupçonnées des profondeurs océanes
Ses richesses bafouées et détruites par la pêche aveugle
Des hommes à la recherche du profit .

Antigone
 » Frêle jeune fille , habitée par le sang des Labdacides, tes ancêtres,
Tu n’as pas cédé devant la loi de la cité
Ton coeur a saigné pour ton frère traitre pour Thèbes
Mais légitime en son trône
Fleur à peine éclose, tu as sacrifié ta vie pleine de promesses et ton amour pour être la digne fille d’Oedipe
Ton destin a ouvert la voie à toutes les jeunes filles rebelles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Malala Yousafzai
De ta vallée de Swat au Pakistan, tu n’as pas attendu le nombre des années pour montrer ta valeur
Ta lutte pour l’éducation des jeunes filles s’est inscrite dans ton corps meurtri
Ton courage et ton intelligence ont élevé un rempart face à la barbarie
La liberté de pensée refleurit grâce à ta résistance

Rachel Mwanza
A l’heure douce de l’enfance , le sort s’est acharné
Tu as rejoint la cohorte des enfants abandonnés
Que l’on  nomme à tort  » enfant sorcier  »
Les rues de Kinshasa t’ont prise dans leurs serres
Tel un vautour sur sa proie
Ton courage et ta force t’ont ouvert les chemins de la liberté
Les feux de la rampe se sont illuminés pour toi
Tu tends la main à tes soeurs et frères de la rue
Pour leur donner la chance d’étudier un jour .

 

 

 

 

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SCHMALJOHANN Traute   –   Peintre

   www.traute-schmaljohann.com                                                                                                      Champs d’action dans l’ocre écrit

Texte : Tauban, poète              Peinture : «  Champs N° 46 « ( 90 x 116 cm ) Acrylique et collage sur toile

Ocre écrit, noir griffé
les batailles fauves dans les hautes herbes sous le cielchamps-46-traute-schmaljohann
les flèches, les jougs, les piques, les lances et les fers
les silhouettes noires essaiment
l’hirondelle sombre dans des filons d’ivoires lumineux
et des nids de parchemins enluminés où les enfants infinis sans répit colorient :
l’armée des plumes, des pollens, des graminées
de nos cabanes, de nos osselets, de nos colliers de mots charbonnés
le colporteur joyeux chemine dans les pailles jaunes et les broussailles chaudes,
la messagère sage et la confidente patiente s’immobilisent
le tableau à flot, dans les terreset dans les airs dévoile une plage de sables, une plainte, une révolte,
un chœur et les couleurs qui guettent et veillent
un outremer, un Véronèse, un cobalt
un orange, un indigo, une garance
une terre de Sienne brûlée, une terre d’ombre naturelle
Ocre jauni, noir griffonné.

 

 

 

 


SERKOVIC Ana   –   Plasticienne

  anaserkovic@yahoo.fr

Texte : Kathya Araujo, chercheuse en sciences sociales, psychanalyste et écrivain             

La Vie qui déborde
La mort qui nourrit
Entre elles
L’espoir
Travailleur fragile
Ver broyeur d’incertitude

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


SIMON Olivier   –   Peintre plasticien

oliviersimon18@gmail.com

Texte : Gerarld Stehr, auteur de pièces de théatre    (à partir des personnages de « voyage en Rorscharchie »)

       
chaque toile represente un personnage de la pièce ,

avec sa  personnalité, comme « Tète Nue », « I’idiogène »

ou encore « Le passionné d’oublie ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


STOFFLER Vallée   –   Artiste plasticienne polymorphe

valleestoffler@gmail.com                                                                                                  

Texte :  Docteur Françoise RIMAREIX, Chirurgienne Oncologue à  l’IGR                        «Sexy en toutes circonstances»        

 

La guerrièrevallee-stoffler-3

Les tueurs de Daeche ont mutilé mon corps,
ils ont sacrifié mon sein sur l’hôtel de la Connerie humaine.
Je l’ai reconstruit avec mes mains pour prouver aux hommes que je suis
INDESTRUCTIBLE.
(Reconstruction mammaire gauche par prothèse recto pectorale après mastectomie pour cancer et radiothérapie).

 

 

 

 

 

Le clin d’oeil

Mais pour quoi tu me fais un clin d’oeil avec ton mamelon…
Ah,je n’avais pas vu que tu n’en avais qu’un.
Franchement ça ne se voit pas, tu es trop belle comme ça.
(Mastectomie gauche sans conservation aréolo mamelonnaire pour cancer infiltrant).

 

 

 

 

 

 

 

 

Le fil de ma vievallee-stoffler-2

Mais c’est quoi ce fil rose qui sort de ton soutien-gorge ?
C’est le fil de ma vie, de ma souffrance à ma résurrection.
Grâce à lui, je suis en vie.
(Reconstruction mammaire droite par lambeau musculo cutané de grand dorsal autologue).

 

 

 

 

 

 

 

Un petit poisson dans l’eauvallee-stoffler-1
Un petit poisson sein
nage,nage,nage,nage,nage,nage aussi bien qu’un gros sein finalement !!!!!
(Reconstruction mammaire bilatérale par prothèse en silicone.)

 

 

 

 

 

 

 

 


TAFOYA Jaime   –   Peintre

   www.jaimetafoya-peinture.com                                                                                                      

Texte : Ana Paula Sánchez-Cardona, écrivaine                                                                                                                 

Autochroniqueurautochroniqueur-mixte-tafoya15

Siffle le sable à ton petit paysage,
nu il se traîne dans un hypnotique
aller et retour aller et retour aller.

Roule,
glisse,
écrivant avec tes danseuses pattes.

Illisible gribouillage,
malgré tout c’est ta trace.
Tricote avec l’aiguille à tricoter,
tricote ton langage marin.

Siffle le sable à l’oreille de ta brièveté.

 

 

 

 

 

 

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TARDY Lisette   –   Peintre

lisettetardy11@gmail.com

Texte : Danielle Fournier, poète québécoise            « L’innommé » ou « Cataclysme » – Huile sur toile 120 x 120 cm


« Il y a à Ouidah une porte, celle du Non-Retour et devant laquelle elle se tient, droite, malgré l’anéantissement, accompagnée de son seul chagrin.
Dans le soleil éclatant, elle dit les paroles maudites, non pas celles qui tuent, mais celles que nous ne devions apprendre que beaucoup plus tard.
Elle ne chasse pas les images invisibles, celles qui creusent sa poitrine.
Elle ne chasse pas non plus les résonances qui la submergent de souvenirs.

Elle se réveille.  Elle n’a aucune main à tenir.  Elle entre dans la forêt sacrée de Kpasse. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 


UDDIN Xecon   –   Photographe

xeconuddin@gmail.com                  www.xeconuddin.com

Texte : Charlotte Ferron, galèriste           Association culturelle Canopy  Espace Canopy    19 rue pajol, 75018 Paris

 Tirage sur papier             Dimension : 50X50 cm        Poésie inachevée

Il ne se passe pas un jour sans l’annonce d’un nouvel événement terrible quelque part: violence, criminalité, guerres et catastrophes. Même en ces temps modernes, il est clair qu’autant précieuse qu’elle soit, la vie est en danger. Aucune autre génération n’a dû faire face à autant de mauvaises nouvelles qu’aujourd’hui; à chaque instant nous sommes aux prises avec l’angoisse et l’inquiétude que les nombreuses tensions internationales ne font rien pour apaiser.

 

 

 

 

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Dans cette exposition, l’artiste présente ses autoportraits photographiques, empreints de poésie, d’esthétique et  de paix. Il porte sur sa tête des objets naturels, symboles de ses pensées, qu’il colporte et qui l’apaisent également.
L’artiste est lui-même poésie vivante et il vagabonde à travers ce voyage poétique inachevé. Cette exposition, témoignage de paix et de fraternité, et son esthétique poétique, touchera le spectateur et l’invitera à s’interroger sur le sens même de sa vie dans ce monde actuel violent.

 

 

 

 

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VIAUD Chantal   –   Peintre plasticienne

  chantalviaud.over-blog.com                     viaudchantal@gmail.com

Texte : Aharon Shabtai, poète                                                                                                                             cahier « Israël Palestine »      SOLEIL, O SOLEIL

Soleil, ô Soleilchantal-viaud-israel-palestine
Comment se fait-il que tu brilles
et que le pays se soit obscurci ?
Comment même une note de lueur
ne pénètre les esprits
et pas un seul rayon
dans les ventricules des coeurs ?
Et pourquoi ton éclat se déverse-t-il en vain
pour les soldats et les voleurs de terre
à Bidu, Budrus et Bil’in ?
Comment ta lampe illumine-t-elle le chemin
Pour ceux qui frappent les vieux
Et empoisonnent les puits ?

 

 

 

 

 

 

 

 

Texte : extrait de l’ouvrage « Quand les murs tombent » Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau                                                                                        

                                                                                                                                    cahier « Histoires de migrants »

« … Ce n’est pas l’immigration qui menace ou appauvrit,

mais la raideur des murs et la clôture de soi… »

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 VIGIER Catherine   –   Peintre plasticienne

catvigier@orange.fr

Texte : Emile Brami, écrivain                                                                                                                      Recommencer à espérer

Dieu brandi comme une prothèsecatherine-vigier-recommencer-a-esperer
Par des foules fanatisées
La pauvreté sujet de thèse
Et les enfants prostitués
La politique au Père Lachaise
Très loin du Mur des Fédérés

Les idéaux qui se fracassent
Au front de la réalité
Des discours puant la vinasse
Pour conforter nos lâchetés
Ces mots évanouis sans trace
Amour Justice et Liberté

La vie qui traîne et s’effiloche
Devant l’écran de la télé
Et la pub qui nous fait les poches
Entre deux lotos à gratter
Deviner la mort qui s’approche
Ne plus oser se regarder

Un jour tant qu’il n’est pas trop tard
Se saisir d’un bout de papier
S’inventer un nouveau départ
Recommencer à espérer
Et pour transcender le hasard
Ecrire peindre ou composer

 

 

 

 


 VUIBERT Aurélie   –   Photographe

aurelie.vuibert@gmail.com

Texte : Alix de la Roncière, journaliste                                                                                                                      Mouvements

Mouvement N° 21

À la nuit tombée, Aurélie Vuibert pose son regard sur un groupe d’hommes, quelque part dans le quartier parisien de La Goutte d’Or. Ce sont des joueurs d’échecs attentifs et concentrés, pris par leur passion commune pour le jeu : « J’ai pris cette photo parce que je les trouvais beaux ». Ces immigrés, réunis face à face, retrouvent à Paris – vaste capitale qui les engloutit – l’art de vivre et la convivialité coutumière de leur pays d’origine. Bien qu’un peu égarés là, ces joueurs semblent heureux. Pour son auteur, c’est un pied de nez à la société qui les rejette et les stigmatise : « Il y a dans cette photo une force, un symbole, un message : je ne me cache pas, je me montre ouvertement ». Le mouvement qui les a poussés là, dans cette capitale de tous les attraits, les laisse un peu livrés à eux-mêmes. Ils recomposent pourtant, envers et contre tout, une existence heureuse.

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Mouvement N° 23

C’est un nuage ondulant et chamarré duquel s’échappe un froufou, quelques rires… Un groupe de femmes s’égaye au printemps dans un jardin, près de l’église parisienne Saint Bernard. Ce week-end, le temps est suspendu. Aurélie Vuibert fige un instant le sort de ces joyeuses Africaines en boubous qui échangent des tissus. Rien n’est plus innocent. Rien n’est plus grave, aussi. Que leurs reste t-il en effet de leur pays natal ? Ce maigre butin qui symbolise leurs coutumes, leur folklore, leur culture. Elles partagent un sort commun, matérialisé par ce morceau de tissu, mince lien tissé avec leurs origines. Leurs robes colorées réduisent aussi, symboliquement, la distance qui les séparent de leur pays. Grâce à ces parures, ces coquettes semblent se retrouver elles-mêmes. Il semble qu’elles aient gagné leur liberté, le temps d’un cliché. Pour la photographe, ces vendeuses de vêtements et leurs clientes de passage offrent à notre société un nouvelle richesse, « un supplément de culture ». Mais Aurélie Vuibert s’interrompt soudain ; elle est songeuse. Un nuage traverse son regard : « Le mouvement qui les a menées jusqu’en France a du être éprouvant. Peut-être ont-elles tout quitté pour une vie nouvelle ? ». Puis elle se ravise. Tout confère en effet au sujet un caractère vif et léger : la rencontre de ces femmes, leurs vêtements, le but de leur réunion. C’est un mouvement de retrouvailles qui les réunit ici, pour l’éternité.

Mouvement N° 2 bis

Exception parmi les clichés d’Aurélie Vuibert, la scène se déploie en intérieur, au sein d’une salle de spectacle. Nul décor. Lumières blanches, théâtrales, ambiance intime. Une danse contemporaine mystérieuse et légère saisit le spectateur dans un gracieux mouvement. L’élan d’une danseuse évoque un oiseau avant l’envol, une fleur ébouriffée, un froissement de tissus. « Souvent, on agit ainsi, dans un mouvement impulsif. Difficile d’en connaître le ressort psychologique. Cela relève d’un élan vital presque instinctif », analyse Aurélie Vuibert. Au coeur du tableau, deux personnages masqués demeurent figés, comme perplexes. Ils ne prennent pas part à la danse et semblent refuser le mouvement. Ils restent en marge. « J’avance masqué, explique la photographe, puis brutalement, je me mets en mouvement. Je sais d’instinct le chemin à prendre, sans connaître les raisons de cette impulsion ». Ces deux personnages évoquent aussi le regard de l’autre « qui aide à comprendre les raisons pour lesquelles on agit ». Ils représentent la sagesse, le juste distance. Ils aident à répondre à cette question lancinante d’Aurélie Vuibert : « Quels mouvements intérieurs expliquent nos choix de vie ? Quelle est notre besoin vital ? ». Le sien est précisément de prendre du recul, d’accompagner des personnes en marge de la société.

Mouvement N° 8

Fin de journée sur la plage. Des vacanciers l’arpentent en quête d’un emplacement confortable, des baigneurs se rafraîchissent. C’est l’été en Normandie. Ce cliché évoque, pour son auteur, le bonheur des vacances en famille. Le plaisir de flâner, de lire, de s’évader. Il rappelle un temps où activités et préoccupations sont en tous points légers, au gré du mouvement tranquille des vacanciers. Curieusement, pour son auteur, cette photo convoque aussi des images plus lointaines. Le souvenir d’une douloureuse et brûlante actualité : celle du sort des migrants échoués sur les côtes européennes. Ces cargaisons d’êtres humains en quête d’une vie meilleure prennent la mer, envers et contre tout : « Leur vie a t-elle si peu de valeur qu’ils viennent s’échouer ici ? », s’interroge la photographe. C’est un élan vital désespéré qui les incite à tenter le tout pour le tout au péril de leur vie. Un mouvement vers un possible « meilleur » ailleurs. Ils sont pris par un sentiment d’urgence autre que le sien. Pour elle, cette mer évoque la vie. Le mouvement des vagues régulier et rassurant. À d’autres, la mer fait craindre la mort ; leur survie est aussi incertaine que cette mer est changeante. Ils sont contraints de s’échapper, ils sont forcés de se mettre en mouvement et de suivre leur élan vital. Quel accueil leur réservons-nous ? La perception de la vie change ainsi, selon le lieu où l’on se trouve. « J’éprouve un sentiment d’impuissance. J’ai le certitude d’avoir de la chance. Je ne me sens née du bon côté, celui de la plage de sable fin ».