Huile sur toile 175cmx222cm 2019

Claire BRUSADELLI

La peinture est pour moi–probablement du fait de ma formation d’historienne- une manière d’évoquer phénomènes et déterminants du monde actuel qui me bouleversent ou me mettent en colère. Ainsi, comme beaucoup, je suis alarmée par l’accélération de la destruction de la Terre par l’homme à tel point qu’un certain nombre de chercheurs évoque notre entrée depuis  1945 dans une nouvelle ère géologique, l’anthropocène… Une partie de mon activité, la série « l’Inexorable », prenait sa source dans les travaux de Paul Virilio et la nécessité d’une « science de l’accident » : je travaillais sur les catastrophes climatiques ( glissements de terrain, inondations) ou accidentelles (Fukushima). Je suis aussi décontenancée et affectée par la montée du fondamentalisme religieux : Est-il possible que certains croyants dans l’attente de l’Apocalypse et du Jugement Dernier imposent leur vision destructrice ? J’avais conçu une série qui s’appelait «  Si Dieu le veut » qui montrait des villes en ruines et des paysages dévastés.

Cependant je ne souhaite pas inscrire mon travail dans une perspective eschatologique car j’ai envie de croire en l’humanisme, en l’éducation, en la raison, au progrès, en la science, avec un regard distancié sur les sujets qui m’affectent et j’aime profondément mélanger, dans la fiction la tragédie et le burlesque. Je suis peintre et je ne peux m’empêcher de voir et de peindre avec une certaine jubilation des paysages très colorés, à la végétation luxuriante, convulsive, parfois violents, en ébullition, parfois assoupis, dans une atmosphère froide, sans un seul être humain…miroir d’un monde possible.

J’ai eu envie aussi, à partir des Essais de Mircea Eliade, autour du mythe de l’Age d’or, qui suivant des traditions multiples caractérise le commencement et la fin de l’histoire. de construire un monde positif. Je songe aux mythes de l’extrême proximité primordiale Ciel-Terre, répandus surtout en Océanie et en Asie sud-orientale, expression d’une idéologie matriarcale et aussi au mythe de l’Axis Mundi- montagne, arbre, liane – reliant la terre au ciel.

Je mets alors en scène dans un monde protégé par de hautes montagnes qui rejoignent le ciel, des hominidés cousins ou cousines de Lucy, évolué.e.s, prisant la douceur, la danse , les jeux, la baignade. L’Arcadie est un lieu mythique.<br / C’est le règne de la paix et de l’harmonie. Mes personnages appartiennent à une nouvelle espèce, l’Homo Felix (beaucoup plus sage que l’Homo Sapiens) qui se caractérise par son extrême placidité, tranquillité, l’absence de rapports agressifs une grande pilosité qui pourrait parfois évoquer des fluid gender. Mais il n’y a pas de systématisme, mon seul impératif étant de montrer un monde positif et paisible ; mes personnages sont des archétypes de la béatitude et de la spontanéité dont jouissait l’humain premier. Mes paysages parlent-ils d’un retour aux sources, d’un monde passé ou d’un monde futur ? ou de ces deux mondes si l’on considère que le temps est cyclique;br /

L’Homo Sapiens que l’on sait si peu sage a t’il disparu ou viendra t’il ?

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